Critique du cd par Pierre Dulieu

Radoni’s Tribe : Let Me Hear A Simple Song
Grande idée, beau disque ! Sollicitée par l’épouse du guitariste Paolo Radoni, décédé en décembre 2007, une tribu de musiciens s’est constituée pour lui rendre hommage en réinterprétant quelques unes de ses compositions les plus marquantes : des ballades pour la plupart mais aussi quelques titres plus enjoués, véritables autoroutes pour les fabuleux solistes convoqués pour l’occasion. Tous ont joué autrefois avec Radoni, aussi bien le trompettiste Gino Lattuca que Ben Sluijs, au saxophone et à la flûte, le guitariste Paolo Loveri et le pianiste Charles Loos. Quant à la rythmique, elle a été confiée à Bart de Nolf et au pétillant Bruno Castellucci. Mais ce n’est pas tout ! D’autres musiciens sont ausi venus donner un coup de main au fil des plages comme les guitaristes Peter Hertmans et Philip Catherine (qui fait pleuvoir des gouttes de lumière sur le très beau Chove Sol), les chanteuses Christine Schaller et Chrystel Wautier ainsi que le contrebassiste Alexandre Furnelle. Enfin, cerise sur le sucre glacé, sept morceaux ont été pourvus de nouveaux arrangements par Michel Herr, qui joue aussi du piano sur El Vento et a pris en charge la production de l’album. Sous sa direction artistique, les mélodies attachantes de Paolo Radoni prennent de nouvelles couleurs tout en rappelant avec émotion les thèmes qu’il a jadis interprétés sur ses propres albums, de Vento en 1978 à Coast To Coast en 1999 en passant par ce qui reste son disque le plus connu : Storie Vere, enregistré pour Igloo en 1988 avec Jean-Louis Rassinfosse à la contrebasse et Bruno Castellucci à la batterie. Quatre morceaux en ont été extraits pour ce projet dont Storie Vere écrit en 1964 par le compositeur de musiques de films Armando Trovajoli pour le fameux Mariage à l’Italienne de Vittorio De Sica. Le seul titre repris ici qui ne soit pas de Radoni mais un thème que le guitariste s’est approprié avec tant de grâce qu’il est devenu un incontournable de son répertoire. La révélation de Radoni’s Tribe, c’est peut-être Paolo Loveri, encore mal connu en dépit de deux excellents enregistrements en compagnie de Fabrice Alleman, qui s’impose comme un guitariste d’une fluidité surprenante (à noter que Loveri joue ici sur la dernière guitare de Paolo Radoni et, qu’en plus de la sonorité, son style n’est pas non plus très différent de celui de son ancien professeur). Et c’est également avec grand plaisir que l’on redécouvre un Ben Sluijs respectueux de l’ambiance du projet et aussi lyrique qu’à ses débuts, loin en tout cas des Unplayables et de ses dernières expérimentations incandescentes. Ceci est de la musique légère mais habile, jolie mais captivante, riche en harmonies et en improvisations avec le soleil de l’Italie qui l’illumine par dessus. C’est un jazz européen raffiné que l’on peut qualifier de mélodique et que l’on sent bourré de feeling, les musiciens ayant tenu à exprimer la grande estime dans laquelle ils tenaient leur complice disparu. C’est bien sûr pour l’ensemble de ses qualités musicales mais aussi parce qu’il est tellement touchant que ce disque laissera une trace rémanente dans l’histoire du jazz belge. Recommandé.
article original:  http://www.dragonjazz.com/select10/seleja10.htm

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